Deux méthodes de mise en forme de la maille, deux logiques de production. Voici ce qu'elles changent concrètement pour une marque suisse : sur le rendu, sur le gaspillage de matière et sur le prix de revient.
Quand une marque suisse fait développer un pull ou un cardigan, une question technique se pose en amont, souvent sans qu'on en parle : la pièce sera-t-elle fully-fashioned (tricotée en forme, avec diminutions) ou coupé-cousu (découpée dans une grande nappe de tricot, façon tissu) ? Le choix n'est pas qu'un détail d'atelier. Il détermine le tombé du vêtement, la quantité de fil réellement gaspillée et, au bout de la chaîne, le coût de revient rendu en Suisse. Ce guide compare les deux approches sans jargon inutile, pour vous aider à arbitrer selon votre produit et votre positionnement.
Avant de comparer les chiffres, il faut bien comprendre ce qui distingue physiquement les deux procédés. C'est cette différence de fond qui explique tout le reste.
Le coupé-cousu (cut & sew) traite la maille comme un tissu : on tricote de larges panneaux rectangulaires, on imprime le patron dessus, puis on découpe les pièces (devant, dos, manches) avant de les assembler à la surjeteuse. C'est rapide à mettre en place, flexible, et ça convient très bien aux jauges fines, aux jersey légers et aux pièces type t-shirt en maille.
Le fully-fashioned (entièrement diminué) tricote chaque panneau directement à sa forme finale : la machine ajoute ou retire des mailles sur les bords pour dessiner l'emmanchure, l'épaule, la taille. Aucune découpe dans la matière. Les bords sont des lisières propres, fermées, que l'on remmaille ensuite. C'est la méthode historique du tricot de qualité, et la base du raisonnement « belle maille ». À l'extrême de cette logique se trouve le WHOLEGARMENT, où la pièce sort de la machine en un seul morceau, sans aucune couture.
La différence de qualité n'est pas marketing. Elle se voit et se touche, surtout sur une étagère suisse où le client compare en magasin.
Cela ne veut pas dire que le coupé-cousu est « moins bien » dans l'absolu. Pour un jersey fin, une pièce mode à rotation rapide ou un basique très accessible, c'est souvent le bon choix technique. Tout dépend du produit et du prix de vente visé. Nos pages cardigan en mérinos et pull en coton détaillent les constructions selon la matière.
C'est sur le gaspillage de fil que les deux méthodes divergent le plus, et c'est aussi l'argument le plus parlant pour une marque attentive à son empreinte.
En coupé-cousu, on tricote des panneaux plus grands que les pièces, puis on découpe les formes : tout ce qui tombe entre les patrons part en chute. Selon la pièce et l'efficacité du placement, la perte matière se situe généralement autour de 15 à 25 % (à confirmer selon le modèle et la jauge). Cette chute de maille est difficile à revaloriser et représente du fil acheté, tricoté, puis jeté.
En fully-fashioned, chaque panneau est tricoté à sa forme : il n'y a presque pas de découpe, donc presque pas de chute. La perte matière est marginale, limitée aux fils de liaison et aux réglages. Pour une même pièce, on consomme donc moins de fil tout en obtenant une finition supérieure. Sur des matières nobles et chères — mérinos, cachemire, mélanges — cet écart de déchet a un vrai poids économique et environnemental.
Pour une marque suisse qui communique sur la responsabilité, le fully-fashioned offre un argument concret et vérifiable, pas un simple label : moins de matière neuve gaspillée par vêtement.
Intuitivement, on suppose que le fully-fashioned coûte plus cher. La réalité est plus subtile — il faut raisonner en coût total, pas en temps machine.
En clair : pour un basique bon marché en fil ordinaire, le coupé-cousu reste imbattable sur le prix. Pour une pièce à forte valeur ajoutée vendue cher, le surcoût du fully-fashioned est souvent absorbé par l'économie de matière et par le prix de vente. Notre page comment se construit un prix de maille décompose chaque poste, et le déroulé d'une commande explique comment nous chiffrons un modèle précis.
Le choix de construction est indépendant de l'acheminement, mais autant clarifier le contexte pour une marque suisse.
Côté douane, il faut être honnête : sur la maille, il n'y a pas d'avantage douanier particulier de la Turquie face à la Chine pour le marché suisse — on est à parité. Notre intérêt n'est donc pas le tarif, mais la qualité, la logique « Chine + 1 » (diversifier ses sources sans tout miser sur l'Asie), la proximité et la relation en français. Côté transport, nos expéditions partent de Mersin vers Trieste par Ro-Ro (DFDS, deux départs par semaine, traversée maritime d'environ 68 heures), puis rejoignent la Suisse par voie terrestre via les passages alpins, en entrant par le nord (Bâle) ou par Genève.
Quel que soit le mode de construction retenu, les produits sont Made in Turkey — nous ne revendiquons aucune origine locale suisse. Côté facturation et étiquetage, nous travaillons en CHF et fournissons un étiquetage conforme : composition fibre marquée selon les conventions GINETEX/TVR et mention dans une langue officielle suisse (allemand, français ou italien selon votre cible), sachant que la conformité finale relève de l'importateur suisse. Le détail de l'offre figure sur notre page fournisseur de maille en gros.
Chez Kiwi Giyim (Özbakır Knitwear), nous produisons en interne avec 22 machines à plat : 15 Shima Seiki capables de WHOLEGARMENT et de fully-fashioned, et 7 Stoll. Cela nous permet de proposer aussi bien des constructions diminuées haut de gamme que des solutions plus directes, selon ce qui sert le mieux votre produit.
Nous travaillons à partir d'un MOQ de 250 pièces par coloris/taille, ce qui reste accessible pour des marques suisses en petites séries ou en montée de gamme progressive. Lors du développement, nous vous conseillons honnêtement sur le bon arbitrage fully-fashioned / coupé-cousu : il n'y a pas de réponse universelle, seulement la réponse adaptée à votre pièce, votre matière et votre prix de vente cible. Pour en discuter sur un modèle concret, voyez notre présentation, parcourez les autres analyses du blog, ou écrivez-nous directement.
Envoyez-nous votre brief : type de pièce, matière, volume cible. Nous vous dirons franchement quelle construction sert le mieux votre produit et votre marge.